400e de „Géopolitis”: ces menaces qui pèsent sur le monde — Genève Vision, un nouveau point de vue

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Il y a eu une confusion entre l’effondrement de l’Union soviétique et le triomphe de la démocratie.

Jean-Marie Guéhenno, diplomate français

Or, ce système à la Orwell, éloigné des valeurs de liberté propres aux démocraties, peut être perçu comme une alternative attirante par rapport à la démocratie, regrette Jean-Marie Guéhenno. « On est sortis de cet optimisme un peu excessif de l’immédiat après-Guerre froide », constate-t-il. « Le triplé gagnant de la paix, de la prospérité et de la démocratie a été mis en doute ».

« Guerre par accident »

L’augmentation des tensions entre la Chine et les Etats-Unis ces dernières semaines, notamment autour de la question de l’île de Taïwan, pousse aussi à s’interroger sur le risque de conflit entre les deux puissances. Mais plus encore que la confrontation politique entre deux grands ensembles, Jean-Marie Guéhenno redoute un glissement lent et inconscient vers une nouvelle guerre mondiale, une « guerre par accident » avec un scénario similaire à celui de 1914. « Il y a une sorte d’acclimatation à la violence. Aujourd’hui, on est encore dans une situation permanente de ni guerre ni paix », observe le diplomate français.

Alors que jusqu’ici la dissuasion nucléaire permettait d’éviter une escalade des violences, Jean-Marie Guéhenno est préoccupé par l’évolution des technologies qui remettent en question la stabilité de cette protection.

Une porte de sortie

Face à cet affaiblissement des démocraties et de la politique, l’une des solutions pour réparer la société pourrait être la préoccupation commune face à l’urgence climatique. « L’écologie, parce qu’elle mobilise les inquiétudes de toute la planète, peut être une porte de sortie (…) à condition d’avoir un débat nuancé sur les mesures qui doivent être prises », estime Jean-Marie Guéhenno. Car face à l’autre menace qu’est le réchauffement climatique, l’urgence c’est d’agir. Agir rapidement, notamment en sortant des énergies fossiles, c’est aussi l’appel lancé par Océane Dayer, la Suissesse qui a fondé l’ONG Swiss Youth For Climate en 2015.

Egalement invitée de la 400e émission de Géopolitis, la militante souligne l’intérêt d’avoir un cadre international tel que les accords de Paris « pour faire avancer le dossier au niveau national dans les régions ».  Pour elle, il faut aussi voir la lutte contre l’urgence climatique comme une opportunité de changement: « avoir une société qui protège le vivant, ce n’est pas se priver, ce n’est pas renoncer, ce n’est pas retourner en arrière, non c’est vivre mieux en vivant autrement ».

Pour Océane Dayer, il est urgent de sortir des énergies fossiles et d’investir dans la transition et ce d’autant plus dans des pays comme la Suisse qui en ont les moyens. Mais, aujourd’hui, elle avoue tout de même avoir parfois des doutes sur notre capacité à changer. « Chaque jour qui passe, chaque action qu’on ne prend pas, c’est un peu moins de chances pour les prochaines générations de vivre dans un monde viable ».

Mariana Hervigo avec Juliette Galeazzi