De Glasgow à Genève: réflexions sur la COP26 — Genève Vision, un nouveau point de vue

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A la veille du sommet de Glasgow, de nouveaux rapports ont été publiés – parfois quotidiennement semblait-il – détaillant l’impact catastrophique du changement climatique. Nous le savons depuis un certain temps, mais les preuves sont désormais trop énormes et irréfutables pour être ignorées. Et nous le voyons de plus en plus de nos propres yeux.

C’est d’abord le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), l’organe scientifique le plus important au monde sur l’évolution du climat, qui a tiré la sonnette d’alarme pour l’humanité (une fois encore). Il est maintenant clair qu’en brûlant des combustibles fossiles et en abattant des arbres, nous avons provoqué une hausse dangereuse des températures mondiales.

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) – un autre organisme d’experts basé à Genève – a suivi, en déclarant récemment que les niveaux records d’émissions de gaz à effet de serre ont conduit notre planète en «territoire inconnu», ce qui impacte la sécurité alimentaire, les écosystèmes vitaux et le déplacement de populations.

Je pourrais continuer, mais vous saisissez le tableau. Tout cela mène à la même conclusion. Nous ne pouvons pas continuer à suivre cette voie irrationnelle. Comme l’a dit sans détour le Secrétaire général de l’ONU, nous «creusons nos propres tombes». Quand il s’agit d’expliquer pourquoi il faut agir sur le changement climatique, il ne s’agit pas de politiciens utilisant des hyperboles pour des effets dramaturgiques. Il s’agit du véritable problème.

Bien sûr, les déclarations et les discours ne suffisent pas. Nous avons besoin que chaque pays prenne des mesures concrètes pour réduire rapidement les émissions au cours de la présente décennie, et atteindre l’objectif de zéro émission nette, idéalement d’ici au milieu du siècle. À ce jour, près des trois quarts des émissions mondiales sont couvertes par un objectif net zéro. Mais il est crucial que le degré d’ambition corresponde à l’ampleur de la crise à laquelle nous sommes confrontés.

Le Royaume-Uni appelle à une action ciblée dans quatre domaines clés: le charbon (abandon total de son utilisation), les voitures (accélération pour basculer vers des véhicules électriques), l’argent (lever urgemment des fonds pour le climat pour les pays vulnérables et en développement), et les arbres (inversion de la disparition d’arbres et de biodiversité).

Les dirigeants ont déjà fait des progrès encourageants cette semaine, avec notamment l’amélioration des plans d’action nationaux pour le climat et une nouvelle déclaration historique pour mettre fin à la déforestation d’ici 2030.

Pourquoi la COP26 est importante pour Genève

Alors que les négociations se poursuivent, je vous exhorte à suivre de près l’évolution des discussions à Glasgow.

Genève est un centre de recherche et d’action climatique mondial, qui abrite la plus grande concentration d’organisations internationales et de missions diplomatiques. De plus, la crise climatique n’est pas uniquement une question environnementale.

C’est une question économique. Les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté parallèlement au commerce mondial. Cela doit changer. Nous voulons travailler avec l’OMC pour faire en sorte que les règles commerciales permettent dès maintenant l’écologisation de l’économie mondiale. La prochaine étape pour cela après Glasgow, sera la Conférence ministérielle de l’OMC (CM12) en décembre.

La crise climatique est aussi une question de droits humains. Le changement climatique a des répercussions sur un éventail de droits humains, notamment le droit à l’alimentation, à l’eau, et à la santé. Genève, siège du Conseil des droits de l’homme, doit être l’endroit où nous mobilisons nos efforts pour promouvoir et protéger ces droits.

Et c’est une question humanitaire. Nous savons que les catastrophes liées au climat pourraient faire doubler le nombre de personnes ayant besoin d’aide humanitaire, soit plus de 200 millions de personnes par an d’ici 2050. C’est pourquoi nous travaillons avec la communauté humanitaire à Genève pour réduire les besoins humanitaires, notamment en aidant les communautés les plus vulnérables avec des mesures d’adaptation et d’atténuation.

Enfin, la crise climatique est aussi un problème de santé publique. Dans les faits, selon l’OMS, le changement climatique est désormais la plus grande menace sanitaire mondiale pour l’humanité. Il est donc essentiel que les agences de santé présentes à Genève fassent partie de la réponse.

Il est clair que l’agenda climatique et environnemental touche presque tous les secteurs de la Genève internationale. Mais il est nécessaire de les décloisonner. Comme l’a dit plus tôt cette semaine le naturaliste britannique Sir David Attenborough: «Si en travaillant chacun de notre côté, nous sommes une puissante force pour déstabiliser notre planète, nous sommes à coup sûr assez puissants pour la sauver.»

Alors, engageons-nous collectivement pour être les gardiens de l’Accord de Paris partout où nous travaillons à Genève – du commerce et de la santé, aux droits de l’homme et à l’humanitaire, et tout ce qui se trouve entre deux. Ce n’est pas uniquement dans notre intérêt professionnel. C’est une responsabilité morale, envers nos enfants et notre planète.

Article de Simon Manley pour Geneva Solutions, traduit de l’anglais par Katia Staehli