Emmanuel Macron en Chine en quête d’une lueur d’espoir sur l’Ukraine — Genève Vision, un nouveau point de vue

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Pékin avait pourtant montré de forts signaux de proximité avec Moscou lors de sa dernière visite d’Etat il y a deux semaines.

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L’Elysée estime que “la Chine est le seul pays au monde en mesure d’avoir un impact immédiat et radical sur le conflit, dans un sens ou dans l’autre ».

Le président français a été accueilli à sa descente d’avion par Qin Gang, le ministre chinois des Affaires étrangères avant d’aller à la rencontre de français expatriés. Dans son discours, il a affirmé que « ce dialogue avec la Chine est indispensable parce que nous, Européens de l’Union européenne, nous aurions tort de laisser l’exclusivité du dialogue à la Chine à d’autres Européens continentaux que sont les Russes ».

S’en suivra une intense journée de discussions jeudi avec son homologue chinois Xi Jinping et Ursula Von Der Leyen puis Emmanuel Macron se rendra vendredi à Canton pour échanger avec des étudiants chinois.

Des accords commerciaux pourraient aussi être conclus lors de ce voyage. La délégation compte 53 patrons d’entreprises françaises, dont ceux d’Airbus, EDF ou Veolia, avec un accent mis sur la transition énergétique, un des défis planétaires sur lesquels Paris juge indispensable d’avancer avec Pékin.

Incompréhensions autour de cette visite

Jean-Pierre Cabestan, professeur à l’université Baptiste de Hong Kong, interrogé dans la Matinale de mercredi, critique les espoirs de voir la Chine intercéder en faveur d’une résolution du conflit.

“J’ai du mal à le comprendre, franchement… Parce que tout le monde lui dit, moi compris, que c’est peine perdue. Xi Jinping est vraiment du côté de la Russie qui est complètement anti-américaine, anti-OTAN.”

Il souligne le risque de voir la Chine exploiter l’ouverture française pour semer la division dans le clan occidental, plus que jamais incarné par l’OTAN. Adepte de l’ « autonomie stratégique », le président de la République refuse de s’aligner complètement sur la politique américaine.

« Entre la dictature et la démocratie, il faut choisir son camp. C’est bien de promouvoir l’autonomie stratégique de l’Europe, mais dans la configuration actuelle, sans l’OTAN on n’est plus rien. Nous en sommes encore plus dépendants qu’avant la guerre en Ukraine. Si l’on veut vraiment arriver en maillot de bain à Pékin, le meilleur moyen c’est de prendre ses distances par rapport à l’OTAN », met en garde l’expert.

L’unité occidentale en jeu

Emmanuel Macron est accompagné par Ursula Von Der Leyen afin d’afficher l’unité européenne.

« Il va devoir un peu modifier sa partition parce que Von Der Leyen est quand même très très mobilisée dans le soutien européen à l’Ukraine et très pro-américaine en fait. Donc ça va être intéressant de voir comment chacun va jouer sa partition”, ajoute Jean-Pierre Cabestan.

Ursula Von Der Leyen soulignait la semaine dernière la nécessité de réduire l’exposition économique des pays européens à la Chine. Or Pékin dépeint déjà la venue d’Emmanuel Macron comme la volonté du président français d’accroître et de relancer la coopération entre les deux pays.

Xi Jinping accordera beaucoup de temps au président français. Il passera deux jours en sa compagnie, un traitement de faveur. En cultivant sa relation personnelle avec Emmanuel Macron, le dirigeant chinois espère exploiter les divisions au sein de l’Union européenne et plus généralement le camp occidental. Son objectif consiste à éloigner l’Europe et les Etats-Unis pour saper les efforts de Joe Biden qui tente de mobiliser les alliés historiques face à la Chine.

Propos recueillis par Michael Peuker

Adaptation web: Julie Marty et agences