Jean-François Kahn: „Si Macron recule sur les retraites, il est mort” — Genève Vision, un nouveau point de vue

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Ceux-ci exigent tout bonnement un retrait du texte, qui doit encore être promulgué par le Conseil constitutionnel. Mais pour le gouvernement et le président Emmanuel Macron, renoncer à l’âge légal de la retraite à 64 ans semble tout aussi inacceptable.

Jean-François Kahn, éditorialiste et journaliste

Invité du 19h30, Jean-François Kahn estime que le président de la République ne peut plus faire marche arrière, car cela mettrait fin de facto à son mandat.

« Emmanuel Macron n’a pas le choix. Il s’est fait élire sur ce programme. Tout un programme qui se basait autour de la nécessité de porter la retraite à 64 ans. Donc s’il recule, il est mort. Il ne pourrait plus faire passer aucune réforme et il vaudrait alors mieux qu’il démissionne, ce qu’il ne fera pas. Mais il faudrait au moins une dissolution (du Parlement, ndlr) », analyse le fondateur de l’hebdomadaire Marianne.

« Anticapitalisme bourgeois »

Dans les rues du pays, les journées de mobilisation sont moins fréquentées mais le ton se durcit, avec des actes de violence. Jeudi, des manifestants ont par exemple incendié une partie d’un restaurant que fréquente Emmanuel Macron.

Pour Jean-François Kahn, ce genre d’événements montre que le mouvement de contestation est contradictoire et qu’il pourrait in fine profiter à Marine Le Pen.

Jean-François Kahn, éditorialiste et journaliste

« D’un côté, il y a un mouvement social classique contre la réforme. Il y a une majorité contre. La manifestation sociale est donc puissante, forte et sincère. Et puis, il y a un mouvement plus radical, avec beaucoup de jeunes, anarchisant, gilets jaunes, qui parle très peu des retraites. C’est l’anticapitalisme antibourgeois, qui veut foutre en l’air le système », résume l’éditorialiste.

Revoir le reportage du 19h30 sur la crise sociale en France: La crise révèle le fossé entre l’Elysée et le peuple français

Marine Le Pen, grande gagnante?

Or, cette frange de la gauche radicale ne serait pas représentative d’une majorité en France. « Selon les sondages, jamais l’ensemble des gauches ne ferait un aussi mauvais résultat s’il devait y avoir des élections aujourd’hui », explique-t-il.

Au contraire, Marine Le Pen cocherait toutes les cases actuellement: « Vous avez une majorité de gens contre la réforme, Marine Le Pen aussi. Contre l’utilisation du 49.3, Marine Le Pen aussi. Contre le personnage Macron, Marine Le Pen aussi. Contre le fait qu’on attaque des magasins et brûle des restaurants, Marine Le Pen aussi (…) Si on ajoute à cela qu’une majorité de la population trouve qu’il y a trop d’immigrés et qu’on n’est pas assez durs vis-à-vis de la délinquance, on se dit: ‘mais qui synthétise ces rejets-là?’ Et bien, il y a une candidate: Marine Le Pen », conclut Jean-François Kahn.

La deuxième partie de l’interview de Jean-François Kahn:

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Propos recueillis par Philippe Revaz

Adaptation web: Tristan Hertig