Jérôme Pierrat: „Parler du crime, c'est aussi parler de notre société” — Genève Vision, un nouveau point de vue

0

Le journaliste et auteur Jérôme Pierrat en a fait sa spécialité. Il a notamment publié « L’histoire vraie des Pink Panthers » en 2015, sur ce gang de braqueurs de bijoux, et notamment à Montreux. Il s’apprête à rééditer en juin prochain « Une histoire du milieu. De 1850 à 2000: grand banditisme et crime organisé en France », aux éditions « La manufacture de livres ».

Le crime en France, une histoire de truands indépendants

Pour Jérôme Pierrat, parler du crime, c’est aussi parler de notre société. Invité mardi, il explique y voir une démarche anthropologique. « Ce qui m’intéresse c’est de comprendre pourquoi on vend de l’héroïne, où ça se cultive, ce que ça rapporte et ce que ça implique pour la société. Mais aussi la mentalité des gens, pourquoi ils font ce choix alors que ça se termine souvent soit sous les balles, soit en prison », explique-t-il mardi dans l’émission Médialogues de la RTS.

Le crime en France, c’est d’abord une histoire de truands indépendants et pas de parrains, ni de mafia, explique le spécialiste. « Dans le crime organisé français, on va retrouver une pègre horizontale avec un seul type, un peu plus malin que les autres, plus méchant aussi, qui va fédérer des gens autour de lui par son charisme, son aura. Il va créer son gang. Le jour où il se fera tuer ou arrêter, la bande ne survivra pas ». C’est la différence avec la mafia, qui est davantage une « entreprise criminelle ». Ainsi lorsque le patron meurt, l’organisation continue d’exister.

Prendre des risques, titiller l’illégalité

En tant que journaliste, Jérôme Pierrat défend l’idée qu’il ne faut pas seulement donner la parole à la police et aux magistrats, mais aussi aux voyoux. « Je pars du principe que si on s’intéresse à la criminalité, soit on va voir ceux qui ont vu le loup, les chasseurs, soit on va voir les principaux intéressés, à savoir les bandits. » Pour le spécialiste, tisser un réseau journalistique au sein « du milieu », c’est aussi prendre des risques, titiller l’illégalité.

A Marseille, la nombre de fusillades ne faiblit pas. Ainsi elles ont déjà fait 15 morts depuis le début de l’année, avec des victimes toujours plus jeunes. « Au début, les têtes de réseaux s’entretuaient, il fallait tuer la concurrence. Désormais, les voyous qui se font abattre sont de plus en plus jeunes, ils ont entre 15 et 17 ans, ce sont les petites mains du trafic. On travaille à la mexicaine, on veut faire peur aux gens, alors on tire dans le tas ».

L’attaque aux fourgons blindés, une pratique « risquée »

Entre 2017 et 2019, la Suisse a été victime de plusieurs attaques de fourgons blindés. Début avril 2023, le chef de gang lyonnais qui a attaqué le fourgon à Chavornay a écopé de 16 ans de prison et les autorités vaudoises ont fini par adapter la loi sur les transports d’argent. Depuis, cette pratique semble avoir disparu.

Pour le spécialiste du grand banditisme, cette « discipline » ne se fait plus car elle est bien trop « technique » et risquée pour les malfrats. « Avec les progrès de la police scientifique, l’ADN ou encore les vidéos de surveillance, il savent qu’ils ont peu de chance de s’en sortir. En outre, la plupart qui la pratiquaient sont aujourd’hui en prison ou en attente de jugement ».

Lire à ce sujet: Le cerveau présumé du braquage de Chavornay condamné en France

Propos recueillis par Antoine Droux

Adaptation web: Hélène Krähenbühl