„La France, grande puissance avec un G majuscule et un P majuscule, c'est terminé” — Genève Vision, un nouveau point de vue

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Emmanuel Macron s’entretient avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, mais aussi avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Et insiste: « la lutte doit être sans merci, mais pas sans règles car nous sommes des démocraties qui luttons contre des terroristes. Des démocraties, donc, qui respectent le droit de la guerre et assurent l’accès humanitaire. » Un exercice d’équilibrisme diplomatique pour éviter l’escalade du conflit dans la région, mais aussi empêcher son importation en France.

Equilibrisme entre Kiev et Moscou

En août 2017, à peine élu, Emmanuel Macron affirme dans l’hebdomadaire Le Point : « la France doit redevenir une grande puissance tout court. C’est une nécessité. » Il souligne alors l’importance d’une Europe forte, souveraine, « un continent aux dimensions des puissances américaine et chinoise. »

Dès son arrivée à l’Elysée, le président français tisse des liens avec Vladimir Poutine, recevant son homologue à Versailles, puis au fort de Brégançon, en 2019. Mais après l’invasion de l’Ukraine, difficile de maintenir le dialogue car l’objectif est de constituer un front européen uni, une alliance occidentale qui soutient Kiev face à Moscou. Critiqué à de multiples reprises par ses alliés pour ses positions floues face au Kremlin, Emmanuel Macron durcit son discours.

Fin de la Françafrique

Sur le continent africain, et plus particulièrement dans les pays du Sahel, les coups d’Etat se succèdent.

Les coups d’Etat se succèdent sur le contient africain. [Géopolitis – RTS]

La présence française est de plus en plus contestée – voire rejetée – dans ce qu’elle considérait jadis comme son « pré carré ». Richard Werly, journaliste correspondant à Paris pour le Blick, estime dans Géopolitis que « pendant très longtemps, la France fixait l’agenda avec ses anciennes colonies. Aujourd’hui, ce sont les Africains qui fixent le calendrier. La France est obligée de suivre, de trouver des réponses, voire des ripostes. Et ça c’est tout à fait nouveau. »

La diplomatie française est en plein réajustement dans la région. Paris a d’ailleurs retiré ses troupes du Mali, de Centrafrique, du Burkina Faso et du Niger. « Les bases militaires françaises en Afrique lui rapportaient une capacité de projection, représentaient un atout sur la carte mondiale notamment vis-à-vis des Etats-Unis. Mais cette présence coûte aussi beaucoup d’argent et représente un risque de se retrouver confronté à des manifestations. On pourrait dire qu’aujourd’hui, le coût est plus grand que le bénéfice », analyse Richard Werly.

D’autant que de nouveaux acteurs politiques et économiques comme la Chine, la Turquie ou encore la Russie rebattent les cartes sur le continent.

L’enjeu indopacifique

L’Indopacifique, c’est l’un des importants centres névralgiques des échanges mondiaux: plus de 40% du commerce international et les deux tiers du pétrole et du gaz transitent par cette zone. C’est aussi le théâtre de l’affrontement entre la Chine et les Etats-Unis, cristallisé par Taïwan, territoire souverain revendiqué par la Chine.

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La France occupe une place particulière dans cette région sous haute tension: 7 des 13 départements, régions et collectivités d’Outre-mer sont situés dans les océans Indien et Pacifique, habités par plus d’1,6 million de citoyens français. Présence armée aussi: 7000 militaires et plus d’une trentaine d’appareils maritimes et aériens français sont sur place: en cas de conflit militarisé, Paris peut intervenir rapidement et protéger ses alliés ainsi que ses intérêts. Selon Richard Werly, « l’Outre-mer est un atout. A condition de stabiliser les relations avec ces territoires, et ce n’est pas simple. »

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L’Indopacifique, une zone sous haute tension dans laquelle Emmanuel Macron revendique une influence à part entière. Il noue pour cela des alliances multiples dans la région comme avec l’Indonésie, l’Inde – puissance devenue incontournable dans la région. Le président français a d’ailleurs appelé l’Union européenne à ne pas « être suiviste » des Etats-Unis ou de la Chine et défend une approche « de la troisième voie ».

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Une place à trouver

Une France fidèle à ses alliances tout en marquant sa différence; le positionnement d’Emmanuel Macron s’inscrit dans un héritage gaulliste. Après la réintégration de la France dans l’Otan sous Nicolas Sarkozy en 2009, l’actuel président français revendique la France comme puissance d’équilibres à l’heure où « l’ordre international est bousculé » par la « logique impérialiste » de la Russie et la volonté de la Chine de « redéfinir les règles du jeu », comme il l’affirmait lors de la conférence des ambassadeurs en septembre 2022.

Pour Richard Werly, la situation actuelle « est un monde où la voix de la France est peut-être encore entendue mais beaucoup moins attendue. »

Pourtant, l’Etat français possède des atouts: c’est une puissance nucléaire avec un siège de membre permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Il est également le troisième exportateur mondial d’armement.

La France, 3ème exportateur mondial d’armes majeures. [Géopolitis – RTS]

Paris assure ainsi à ses entreprises militaires des débouchés nécessaires et s’offre un levier diplomatique. Reste, selon Richard Werly, que le pays « peut être une grande puissance, mais il ne l’est pas systématiquement: une France grande puissance avec un G majuscule et un P majuscule, je crois que c’est terminé. »

Natalie Bougeard

Emmanuel Macron en Suisse

C’est la première visite d’Etat du président français en Suisse depuis la venue en 2015 de son prédécesseur, François Hollande. Une occasion pour réchauffer des relations quelque peu refroidies ces dernières années entre les deux pays ; notamment à cause du choix par le Conseil fédéral, en 2021, du F-35 américain plutôt que des rafales de Dassault pour renouveler la flotte d’avions de chasse helvétique.

Emmanuel Macron sera reçu le 15 novembre avec les honneurs militaires par le Conseil fédéral à Berne avant d’engager des discussions politiques. « Les relations bilatérales et transfrontalières entre la France et la Suisse revêtent une grande importance, notamment dans les domaines de l’économie, de la recherche, de l’énergie, de l’environnement, de la santé et de la mobilité. Les questions de sécurité et de prospérité européennes ainsi que les objectifs de la Suisse en vue de la stabilisation et du développement de la voie bilatérale avec l’Union européenne seront également abordés », détaille le communiqué de la Confédération.

Le 16 novembre, le président de la Confédération, Alain Berset, et son homologue visiteront à Lausanne la Fondation Jean Monnet, qui abrite les archives du précurseur de l’unification européenne. Le président français parlera ensuite des défis du continent à l’Université de Lausanne. Puis il se rendra à Genève, au CERN.