La victoire de l'extrême-droite en Italie génère des craintes en Europe — Genève Vision, un nouveau point de vue

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« Le fait qu’un membre fondateur se rapproche des pays comme la Hongrie et la Pologne, qui au sein de l’Union européenne représente ce qu’on appelle la « démocratie illibérale », traduit un affaiblissement de la position de l’Italie en Europe et de celle de l’Europe elle-même dans le monde », analyse Dominique Moïsi, conseiller spécial à l’Institut Montaigne, mardi dans La Matinale.

Le menace sur l’unité des Vingt-Sept est toutefois à relativiser, selon le spécialiste en relations internationales. Giorgia Meloni, bien qu’alliée à l’eurosceptique Matteo Salvini, sait qu’elle est économiquement dépendante de Bruxelles. Les tractations au sein de sa coalition seront donc cruciales.

Son positionnement final sera scruté de près, note la directrice générale de la Fondation Robert Schuman, Pascale Joannin. « Les chefs d’Etat ne jugeront que les actes. Si Giorgia Meloni franchit des lignes rouges, ils sauront lui rappeler les règles qui s’imposent à tout Etat membre », indique-t-elle. Elle souligne aussi que « l’Union européenne a les moyens d’engager des actions contre un pays qui ne respecterait pas ses règles élémentaires ».

Une nouvelle forme de populisme?

La formation du futur gouvernement italien pourrait prendre plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Il sera dans tous les cas un nouveau défi pour l’UE.

Après la percée majeure de l’extrême-droite en Suède et en France lors des dernières législatives, c’est au tour de l’Italie de voir monter cette frange politique au pouvoir. Plusieurs formations d’extrême-droite se sont réjouies lundi en Europe de la victoire du parti Fratelli d’Italia.

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Peut-on alors parler d’un mouvement de contagion européen? Pour Dominique Moïsi, Giorgia Meloni pourrait représenter une nouvelle version des populismes. « La dimension un peu caricaturale du populisme à la Donald Trump laisse peut-être la place à une nouvelle génération de populistes qui adoptent une culture de gouvernement loin des excès télévisuels de leurs prédécesseurs », analyse le conseiller spécial.

Incertitudes et ambiguïté sur la position européenne

Le nouveau gouvernement de coalition italien aura fort à faire pour redresser l’économie du pays, frappé de plein fouet par les retombées de la guerre en Ukraine.

L’économie nationale est décrite par certains comme « l’homme malade » de l’Europe. L’Italie connaît une croissance extrêmement faible depuis 2000, un chômage permanent et une dette de 150% de son PIB, précise l’économiste français Nicolas Baverez, mardi dans La Matinale.

« Elle ne peut pas se relever seule, elle a besoin de l’aide de l’Union européenne. Je ne vois pas comment un gouvernement, qui a clairement marqué son hostilité à un certain nombre de règles de l’Europe en matière de gestion financière, pourrait continuer à bénéficier du plan de relance européen », note Nicolas Baverez.

Et d’ajouter que « personne ne sait exactement quelle est la politique étrangère qui sera conduite par Giorgia Meloni ».

ct/iar