Le monde pourrait se réchauffer de près de 3 degrés au cours du siècle, alerte l'ONU — Genève Vision, un nouveau point de vue

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La poursuite des politiques actuellement en place laisse présager une hausse des températures de 3 degrés par rapport à l’ère pré-industrielle, au cours de ce siècle, selon la dernière mouture du rapport du Programme de l’ONU pour l’environnement (PNUE) sur l’écart entre les besoins et les perspectives en matière de réduction des émissions, publié chaque année avant la COP.

La mise en oeuvre des engagements climatiques actuels pris par les pays du monde entier ne permettra de contenir la hausse qu’à 2,9 degrés en tenant compte de leurs promesses inconditionnelles pour le futur – qui ne sont soumises à aucune condition de soutien extérieur – selon ce document publié juste avant le début des grandes négociations sur le climat à Dubaï dans le cadre de la COP28 (30 novembre – 12 décembre).

Ce chiffre serait ramené à 2,5 degrés en intégrant leurs engagements conditionnels (par exemple conditionnés à l’obtention de financements ou à des efforts d’autres pays).

« Beaucoup de travail »

Cette publication fait suite à un autre rapport de l’ONU, publié mi-novembre, qui concluait que les engagements actuels des pays mènent à 2% de baisse des émissions entre 2019 et 2030, au lieu des 43% préconisés pour limiter le réchauffement à 1,5 degré.

« Nous avons beaucoup de travail à faire parce que pour l’instant nous ne sommes pas du tout là où nous devrions être » et « nous devons réduire phénoménalement nos émissions de CO2 », a affirmé Inger Andersen, la directrice exécutive du PNUE.

Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE

« Compte tenu de l’intensité des impacts climatiques auxquels nous assistons déjà, aucun de ces deux résultats n’est désirable », a-t-elle insisté, faisant référence à cette fourchette de 2,5 à 2,9 degrés.

Des conséquences déjà visibles

Ces niveaux de réchauffement sont bien trop élevés pour espérer limiter les effets les plus cruels du changement climatique, qui se traduit déjà par des feux incontrôlables, des inondations dévastatrices ou des sécheresses privant des populations de revenus et de nourriture, avec un réchauffement actuel moyen de 1,2 degré.

Le rapport publié lundi s’inquiète d’une « accélération » du nombre de record battus sur le front du climat.

Il est déjà quasiment certain que l’année 2023 sera la plus chaude jamais enregistrée dans le monde, selon les données de l’observatoire européen Copernicus.

La concentration des gaz à effet de serre bat des records

L’Organisation météorologique mondiale (OMM) vient aussi d’annoncer que les concentrations de gaz à effet de serre, responsables du changement climatique, ont battu des records en 2022.

Ces sombres perspectives illustrent aussi le risque de dépasser très largement les objectifs de l’accord de Paris de 2015, qui ambitionne de conserver l’augmentation de la température moyenne mondiale « bien en dessous de 2 degrés » et de poursuivre les efforts pour la limiter à 1,5 degré.

« Dans le scénario le plus optimiste, la probabilité de limiter le réchauffement à 1,5 degré est de seulement 14% », calcule le PNUE.

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afp/miro

Les 2 degrés de réchauffement dépassés pour la première fois sur une journée

Pour la première fois, la température moyenne mondiale a été vendredi plus de 2 degrés supérieure à celle de la moyenne saisonnière à l’ère pré-industrielle, soit au-dessus sur une journée de la limite haute de l’accord de Paris, a annoncé l’observatoire européen Copernicus.

Les températures mondiales ont été, le 17 novembre, 2,07 degrés au dessus de la moyenne de 1850 à 1900, a indiqué lundi sur X le service changement climatique (C3S) de Copernicus.

Cette barre de 2 degrés devrait toutefois être franchie en moyenne sur plusieurs décennies pour considérer la limite de l’accord de Paris dépassée.

Les pays du G20 principalement responsables

Pour respecter ces objectifs, de plus en plus difficiles à atteindre, des politiques très ambitieuses de réduction des émissions vont devoir être mises en place, qui doivent être « significativement renforcées », répète l’ONU Environnement, basée à Nairobi.

« Quand on voit que le G20 est responsable de 76% des émissions mondiales, on sait qui doit prendre la responsabilité fondamentale », fait remarquer Inger Andersen, enjoignant ces grosses économies (Etats-Unis, UE, Chine, Arabie saoudite…) à « aller de l’avant ».

« On compte 193 pays dans le monde et ce ne sont pas ce que font les 173 autres qui feront la différence », souligne la responsable.

Appel à renforcer les engagements

En 2030, les émissions mondiales devront être de 28% inférieures à ce que laissent présager les politiques actuelles, pour rester sous 2 degrés, et de 42% inférieurs pour la limite, plus ambitieuse, de 1,5 degré.

L’ONU appelle donc les Etats à renforcer leurs engagements, qui sont formalisés tous les cinq ans sous la forme de « contribution déterminée au niveau national » (NDC, en anglais) par les 195 signataires de l’accord de Paris de 2015.

A l’approche de la COP28, Inger Andersen se dit optimiste sur la capacité des pays à faire des progrès en dépit des fractures causées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie et la guerre Israël-Hamas.

« Les pays et les délégations comprennent que, en dépit des divisions profondes qui existent et sont indéniables, l’environnement et le climat n’attendront pas. On ne peut pas appuyer sur pause », insiste-t-elle.