Secoué par des émeutes, le Kazakhstan décrète l'état d'urgence sur tout son territoire — Genève Vision, un nouveau point de vue

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L’état d’urgence a été étendu à l’ensemble du territoire, a indiqué mercredi soir la télévision d’Etat, précisant qu’il serait en vigueur jusqu’au 19 janvier. Il « restreindra la liberté de mouvement, y compris les transports », a indiqué en russe le présentateur de la chaîne, et interdira « les évènements collectifs et les cérémonies familiales liées aux naissances, mariages ou décès ».

Grande menace pour le régime

Cette crise est la plus grande menace à ce jour pour le régime mis en place par l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé cette ex-république soviétique jusqu’en 2019, mais qui conserve une grande influence.

Dans un effort pour juguler la crise, le président actuel Kassym-Jomart Tokaïev a limogé le gouvernement et décrété l’état d’urgence dans plusieurs régions dont Almaty et la capitale, Nur-Sultan, récemment rebaptisée ainsi en l’honneur de Noursoultan Nazarbaïev. Un couvre-feu nocturne y sera en vigueur de 23h00 à 07h00 locales.

Les manifestations de protestation sont rares au Kazakhstan, pays autoritaire où les rassemblements doivent recevoir l’autorisation préalable des autorités.

Arrestation de 200 manifestants

Après celles de la nuit de mardi à mercredi, le ministère de l’Intérieur a rapporté l’arrestation de plus de 200 manifestants, accusés d’avoir « violé l’ordre public » en bloquant les routes et en attaquant des véhicules.

Le président Tokaïev s’est pour sa part adressé à la population dans une vidéo diffusée sur Facebook en appelant au retour au calme. « Nous n’avons pas besoin de conflit », a-t-il dit après avoir mis en garde les protestataires dans une précédente adresse contre toute « provocation ».

Le mouvement de colère a débuté dimanche après une hausse des prix du gaz naturel liquéfié (GNL). Le gouvernement avait dans un premier temps tenté de calmer, sans succès, les protestataires en concédant une réduction du prix du GNL, le fixant à 50 tenges (10 centimes) le litre dans la région, contre 120 au début de l’année. La hausse des prix du gaz est perçue par la population comme injuste au vu des vastes ressources gazières et pétrolières du Kazakhstan.

afp/jpr/fgn

Le président promet une réponse « ferme »

Le président du Kazakhstan, Kassym-Jomart Tokaïev, a promis mercredi une réponse « ferme » aux manifestations inédites provoquées par la hausse des prix du gaz. « En tant que président, je suis contraint de protéger la sécurité et la paix de nos citoyens, de m’inquiéter de l’intégrité du Kazakhstan », a-t-il déclaré en russe à la télévision kazakhe, ajoutant qu’il avait l’intention « d’agir de la manière la plus ferme possible ».

Le pays une « panne d’internet à l’échelle nationale », a indiqué le groupe spécialisé dans la surveillance du web NetBlocks sur Twitter. Elle souligne que cela « est susceptible de limiter sévèrement la couverture des manifestations antigouvernementales qui s’intensifient ».

La Russie appelle au « dialogue », pas aux « émeutes »

La Russie a appelé mercredi au « dialogue » au Kazakhstan. « Nous suivons attentivement les événements dans le pays voisin et frère », a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un communiqué. « Nous sommes favorables à une solution pacifique à tous les problèmes dans le cadre légal et constitutionnel et par le dialogue, et non par des émeutes de rue et la violation des lois », a-t-il ajouté.

Le ministère russe des Affaires étrangères a exprimé l’espoir de voir « un retour à la normale le plus rapidement possible de la situation dans le pays, avec lequel la Russie est liée par des relations de partenariat stratégique et d’alliance ainsi que par des contacts fraternels et humains ».

Le Kazakhstan revêt une importance cruciale pour la Russie en tant que partenaire économique et l’ancien président Noursoultan Nazarbaïev, qui a dirigé le pays jusqu’en 2019 mais qui conserve une grande influence, est un proche allié du président Vladimir Poutine.

Washington appelle les autorités à la « retenue »

Le gouvernement américain appelle les autorités du Kazakhstan à la « retenue » et souhaite que les manifestations s’y déroulent « de manière pacifique », a dit mercredi la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psak.

Jen Psaki a aussi critiqué les « folles allégations de la Russie » sur une responsabilité supposée des Etats-Unis dans les émeutes qui secouent le Kazakhstan. « C’est absolument faux » et cela relève « de la stratégie de désinformation russe », a-t-elle asséné.

L’ONU suit « avec inquiétude la situation », a déclaré mercredi le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, lors de son point-presse quotidien.

« Il est très important pour toutes les personnes impliquées dans ces événements actuels de faire preuve de retenue, de s’abstenir de toute violence et de promouvoir le dialogue », a ajouté Stéphane Dujarric.