De l’Allemagne

10 avril 2021

Au pays du compromis, la nouvelle n’était pas si surprenante. Le syndicat IG Metall et le patronat ont signé fin mars un accord dans la région Rhénanie-du-Nord-Westphalie qui prévoit une augmentation des salaires de 2,3 %. L’accord va servir de référence pour le pays et il scelle la paix sociale en Allemagne pour quelques années de plus.

Que l’accord intervienne dans cette période d’incertitude est plus étonnant bien sûr. Il fut précédé par quelques grèves, certes raisonnables. C’est que l’industrie se porte plutôt bien et qu’elle rattrape dans bien des secteurs les niveaux d’avant-crise.

AFP/John Macdougall

Allemagne: un nouvel accord qui garantit la paix sociale pour plusieurs années

En Allemagne, l’économie est une catégorie de la morale, disait l’ancien commissaire européen Mario Monti. Un impératif catégorique. Mais que la crise a rendu moins catégorique. Au diable la morale quand le monde brûle ! L’Allemagne a assoupli le dogme, sur la création de la monnaie, le poids de la dette, la constitution d’un fonds européen commun. L’Allemagne se sait pragmatique, efficace, importante. On le lui dit beaucoup. Elle n’a pas besoin de plus.

Pas besoin d’hégémonie, à l’inverse de la France par exemple. Elle se veut aujourd’hui un géant qui craindrait d’écraser quiconque, par maladresse ou méchanceté. Ce qui ne l’empêche pas de jouer sa propre partition dans les affaires internationales, au risque de fâcher ses alliés.

Il en va ainsi du gazoduc Nord Stream 2 qui doit permettre d’importer le gaz russe. Le projet est contesté par les Américains qui en ont fait la cible de leurs sanctions contre Poutine. Il est critiqué par bien des Européens, comme les Polonais. Mais Angela Merkel s’y accroche.

Le vaccin de la discorde

Il en va ainsi aussi du vaccin russe Spoutnik V. Le vaccin n’a pas encore obtenu la validation de l’Agence européenne. Et il est sans doute bien en peine d’assurer une production industrielle conséquente et une livraison imminente. Mais Angela Merkel se dit prête à y recourir, alors qu’en France, Clément Beaune, secrétaire d’Etat chargé des affaires européennes, le qualifie d’« outil de propagande ». Il dit clairement : « Il y a des actes géopolitiques ou des coups de com’, qui sont utilisés par nos amis russes pour montrer à quel point ils sont présents dans l’Union européenne ». L’Allemagne ne s’y arrête pas.

Pas de politique de puissance, mais la défense bien comprise de ses intérêts.

Et des ambiguïtés dans son attitude envers la Russie qui mettent mal à l’aise et peuvent faire mal à l’Europe.

L’Allemagne est la clé

Car cette Allemagne que l’on admire souvent, et que l’on jalouse parfois, est au centre du projet européen. De son attitude, de son engagement, dépend la réussite ou l’échec du projet. La France croit que tout découle d’elle mais elle se trompe. Il faut, à chaque fois, le consentement de la chancelière. Il faut que l’Allemagne approuve, soutienne, s’engage. L’Allemagne est la clé. La pandémie a rappelé cette règle d’airain.

Nous, Suisses, le savons bien. L’avenir de l’Europe se joue autant à Berlin qu’à Paris.

André Crettenand

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